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Le docteur Marcel Krieg témoigne : « En ce lundi matin, allant à l'hôpital, je vis en effet que les barrages rue Martin von Feuerstein (actuelle rue du Général Vandenberg) et rue de la Gare étaient fortement gardés et derrière le mur de l'hôpital, se profilait la tourelle d'un char « Tiger », pointant son canon de la rue de la Promenade vers la rue de la Poste et la rue de la Gare. Les soldats allemands occupaient les premiers étages des maisons de Barr et, de ce fait, il y avait peu de soldats dans les rues. » Le carnet de route de la Panzerbrigade décrit les faits : « Des patrouilles signalent des bruits de chars à Obernai. Les villes de Molsheim et Mutzig sont aux mains des américains, qui approchent de Innenheim, Barr et Gertwiller. Nous avons perdu les hauteurs de Triembach au nord ouest du village … ». Vers 13 h 30, les américains attaquent depuis une bonne heure, en provenance d'Obernai vers Gertwiller- Bourgheim avec 28 chars et vers Goxwiller-Valff avec une quarantaine de véhicules blindé. Ces attaques sont contenues et contre-battues par les lanceurs de mines comparables aux « Orgues de Staline » du bataillon de grenadiers Bittermann. Le 64e corps d'armée allemand communique à 16 heures : « Depuis 14h30, attaque ennemie avec 60 chars et 2 bataillons motorisés d'infanterie depuis Obernai, par Goxwiller, en direction de Bourgheim. Les deux villages seraient occupés par les américains. Le groupe blindé de la 106è brigade de chars attaque à Gertwiller. La résistance est telle de part et d'autres que nous restons installé sur les talus du chemin de fer. » Le combat fait rage, les allemands occupent la moitié ouest et sud du village, les américains la partie nord, le long de la route de Goxwiller à Sélestat. La nuit survenant, les chars américains se retirent, laissant quelques uns en position, les allemands se fixent sur les talus longeant la voie ferrée, en creusant des trous individuels. Le docteur Krieg poursuit : « L’après-midi, j'avais deux consultantes, dans mon cabinet, quand subitement des combats éclatèrent du côté de Gertwiller. L’intensité monta très rapidement et d'où j'habitais à l'époque, quai de l'Abattoir, on entendait siffler les balles tout au long de la rue. Renvoyant mes deux clientes, je me rendis à l'hôpital et là, depuis le deuxième étage, je découvris l'ampleur des combats, qui se déroulaient sur le village, dans sa partie nord et sur la route de Strasbourg. L’engagement était très violent de la part des chars américains voulant forcer l'entrée du village. Déjà de ci-delà, des incendies s’allumaient, entraînant une fumée noire qui s'abattit bientôt sur l’ensemble de la ville de Barr. Le combat envahit très vite tout le village où les américains, prenant position sur les hauteurs près du cimetière, forcèrent les allemands à occuper un repli défensif sur les talus de la voie ferrée, côté Barr. À un moment, un grand bruit se fit entendre : les allemands venaient de faire sauter le pont enjambant la Kirneck pour bloquer les chars américains. De gigantesques incendies illuminèrent le ciel, créant des lueurs sinistres. Après avoir rassuré les occupants de la cave de l'hôpital, je pus rentrer chez moi, mais devant l'intensité des bombardements américains, qui avaient repris, tout le monde descendit dans les caves. À la nuit venue les combats s'atténuèrent partiellement, les chars américains endommagés se replièrent, laissant toutefois des points forts aux endroits stratégiques, en position d'attente sur le pourtour du village, côté nord. |